DVD 109 mins
Ortiz: Général sans dieu ni maître
 (1996)
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#470

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France  /  English

Antonio Ortiz Ramirez (1907-1996): first of a two-part film on the life of the anarchist militant from secretary of the Barcelona Woodworkers Union (CNT) , through the Nosotros anarchist group to leading the second column to liberate Zaragoza.

Edition Details
Region 0
Nr of Disks/Tapes 1

Notes
http://increvablesanarchistes.org/articles/1936_45/ortiz.htm

Antonio Ortiz un "général" sans Dieu, sans Maître

Le 24 juillet 1936, juste après la colonne Durruti, Antonio Ortiz, prend la tête de la colonne de la CNT-FAI qui a porté son nom. C'est la deuxième colonne qui se leve contre Franco. Ces colonnes réalisèrent ce que personne d'autre ne fît : elles reprirent durablement du terrain aux fascistes, sur le front d'Aragon.
Après la défaite, il s'engage dans les corps francs d'Afrique, blessé il est hospitalisé, avant de repartir dans les «commandos d'Afrique» du Général Leclerc, puis dans le premier bataillon de choc comme instructeur du premier commando lourd. Il débarque à Saint-Tropez, participe à la bataille de Belfort et fait la campagne d'Allemagne où il est grièvement blessé.
A la fin de la deuxième guerre modiale, il tentera à plusieurs reprises d'assassiner Franco.

Monde libertaire : Ortiz, pourquoi et comment ? Quel était votre but ? Pour ma part, c'était un nom inconnu pour moi, vous l'avez découvert par hasard ?
Ariel Camacho : En effet, Ortiz était aussi pour moi un inconnu. Je connaissais bien sûr Ascaso, Durruti, Ricardo Sanz, Garcia Oliver et Federica Montseny, tout ce qui faisait partie du rituel des meetings... Aussi des gens comme Abad de Santillan. Mais curieusement, Ortiz était totalement absent. Bien sûr, du fait de la fin de sa vie en Amérique du Sud, il était absent de la scène de l'exil en France. Donc je ne connaissais rien de lui, n'ayant de plus pas beaucoup lu de livres sur la guerre d'Espagne, je n'avais jamais croisé son nom...

ML : Pourtant en voyant le film, on comprend qu'Ortiz venait de la même tendance que Garcia Oliver ou Durruti, et il a quand même été " gommé ". Quelqu'un comme Abad de Santillan, pourtant souvent taxé de réformisme, est souvent cité et n'a jamais connu le même sort. Pourquoi deux traitements ?
AC : L'un était plutôt considéré comme un intellectuel du mouvement, et l'autre comme une figure de l'action. Cela donne déjà un élément de réponse, pourquoi parle t-on de l'un après 1975, et pas de l'autre. Pourquoi Ortiz a été gommé du mouvement, liquidé politiquement en 1938, traité comme un pestiféré. Sans s'interroger sur les raisons qui l'ont poussé à déserter, sans connaître les antécédents. Lesquels étaient liés à la CNT. À partir de là, remuer les problèmes autour d'Ortiz, c'était remuer les problèmes de la CNT. On l'a sorti de l'oubli au moment où ce film a été passé en 1990-1993. C'est en prospectant pour un film sur les Jeux olympiques de 1936 (Barcelone 1936, les Olympiades oubliées) que nous sommes rentrés en contact avec A. Ortiz, car beaucoup de militants de sa milice y avaient participé... Le problème, c'est qu'on ne peut pas se contenter de montrer les intellectuels en disant " les anars ça sait réfléchir ", et les hommes d'action sont juste bon à faire des actions et quand ils ne conviennent plus on les jette. Mais la réflexion sans l'action ça sert à rien... Dans le mouvement, on ne s'est jamais posé la réflexion historique sur la révolution espagnole, comment passer de l'utopie au réel. Ce qui suppose toute sorte de choix qui parfois ne sont guère défendables, c'est une conséquence de la réalité, il ne faut pas rester derrière une sorte de mystique de la révolution avec d'un côté les écrits, les épopées historiques, les belles histoires, les " contes de fées "...

ML : Ou des images d'Épinal, mais par exemple il y a des textes qui ont circulé autours des "Amis de Durruti", comme le témoignage d'un " Incontrôlé de la colonne de fer ". Donc une certaine publicité faite à une opposition interne au mouvement libertaire. Mais Ortiz on n'en parle pas, il est mis de côté, était-ce son côté "irrévérencieux" comme par exemple Garcia Oliver ? Il a pourtant repoussé les avances du PC, peut-être gênait-il les uns et les autres ?
AC : Oui, en Aragon, il était dans une position dominante, il n'a jamais occulté qu'il avait un pouvoir réel en Aragon en tant que chef militaire. Celui qui était le président du Conseil d'Aragon était quand même son meilleur ami, un homme de confiance, Joaquim Ascaso. Il avait en outre beaucoup d'influence sur lui, donc sur le conseil d'Aragon, là où le mythe de la Révolution espagnole a été le plus démontré : les collectivités, l'abolition de l'argent… d'un côté on revendique l'Aragon, comme une préfiguration de ce que pourrait être une organisation du monde anarchiste, d'une nouvelle économie. Et puis, au milieu de ce presque paradis du mouvement espagnol il y a une "brebis galeuse", Ortiz. A partir de là il y a sûrement des choses qui ont du se passer avec le comité national de la CNT qui n'avait pas barre sur Ortiz. En tant que militant il avait plus de poids que la CNT en tant que telle… Antonio Ortiz ne respectait pas tellement telle ou telle personne au comité national, les considérant un peu légères. Marino Vasquez secrétaire de la CNT était-il vraiment à la hauteur ? Ortiz avait sa vision des choses et n'était pas disposé à dire amen à tout… Le problème se pose de savoir à qui on obéit et dans quel cadre on obéit. Dès le déclin de la révolution, il y avait plus d'imbroglios politiques, les places au gouvernement, les ministres, etc… Tout cela était-il vraiment important ? Il valait mieux voir comment ça fonctionnait en Aragon, les contradictions du système, la prise du pouvoir par les anarchistes plutôt que de s'intéresser aux querelles politiques, sur la position de la CNT au sein du gouvernement de la république…

ML : Là tu poses des problèmes… et tu as prononcé "la prise du pouvoir par les anarchistes en Aragon". c'est une hégémonie militante… Nous y reviendrons et de toute façon, c'est dit dans le film, aux lectrices et lecteurs de le voir. A la fin du documentaire, Ortiz déclare : je suis passé par des moments amers, mais pour moi, les seuls ennemis c'étaient Franco, Musso, Hitlter . Il n'en fait pas plus état...
AC : Ce que l'on ressent énormément au cours de ce film, c'est que c'était comme dans une famille. En 1938, Ortiz devient le mouton noir. Il faut l'éjecter ! Et comme souvent dans les familles, on ne demande pas trop son avis au mouton noir, ni de se défendre. Il y a quand même eu une réunion au niveau du conseil régional en Catalogne. Avant la guerre, Ortiz avait été secrétaire du syndicat du bois, Hernandez lui a succédé. C'est le seul qui l'a défendu au conseil régional après sa désertion. Il y a bien eu à un moment donné un jugement de la famille à l'encontre d'Ortiz. On a considéré que c'était le mouton noir... On aurait voulu le liquider ainsi que Joaquim Ascaso. [...] Ils ont été arrêté en France et après ça a été la victoire de Franco. L'idée essentielle pour moi c'est qu'il a été écarté de la famille en 1938 et si à la fin du film Ortiz parle de moments amers au cours de sa vie concernant le mouvement anar, pour lui il n'avait jamais failli à son devoir de militant. Pour lui, il faisait toujours partie de la famille alors que les autres le considéraient comme un exclu.

Propos recueillis par Thierry Porré, groupe Pierre Besnard

Notes :
1 Un ouvrage en espagnol : Ortiz, general sin dios ni amo, écrit par José Manuel Márquez Rodriguez et Juan José Gallardo Romero, est édité par Hacer Editorial, Barcelone.